Entretien exclusif avec Angelo Tsagarakis (J.A. Vichy-Clermont Métropole) !

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Pour le lancement de son nouveau site Internet, Laysitup est allé à la rencontre d’Angelo Tsagarakis le plus grec des joueurs français. Actuellement joueur pour la J.A. Vichy-Clermont Métropole en ProB, c’est sans concessions qu’il a gentiment accepté, de répondre à nos questions.

Bonjour Angelo, peux tu te présenter en quelques mots.

Se présenter est toujours un exercice délicat, d’un côté on veut être détaillé au risque d’en dire trop, et parfois on en dit pas assez et ça peut donner l’impression qu’on bâcle un peu la réponse. Je dirai que je m’appelle Angelo Tsagarakis, basketteur français, moitié grec, professionnel depuis fin 2008 et diplômé universitaire en commerce international. Ça passe ? (rires)

Tu as pas mal voyagé durant ta carrière notamment lors de ta formation universitaire effectuée aux Etats-Unis, qu’en gardes-tu comme souvenirs ?

Les souvenirs sont nombreux ! Il y en a des bons, des moins bons, mais ce qui est certain c’est que je ne regretterai jamais l’expérience de vie que cette aventure m’a apporté. Mes deux meilleures années là-bas que ce soit au niveau sportif ou humain sont de loin ma première année et ma dernière année (j’y suis resté pendant 6 ans). La première année en High School j’ai réussi à marquer les esprits très rapidement et à établir des records qui tiennent encore aujourd’hui dans les archives du Nord de la Californie. C’était une année de familiarisation avec la culture, mais tout s’était très bien passé car j’étais vraiment bien entouré. Ma famille d’accueil était extraordinaire, et je garde encore des liens forts avec les membres de cette famille. Ensuite j’ai reçu une multitude d’offres de bourses d’études provenant de certaines des meilleures facs en NCAA … et j’ai choisi Oregon State. Je pensais vraiment pouvoir y écrire une nouvelle page d’histoire, y redorer le blason de l’école qui n’avait plus brillé à l’échelle nationale depuis le départ de Gary Payton. Tout avait plutôt bien commencé lors de mon année freshman, notre équipe était jeune et talentueuse, je jouais 15 minutes en moyenne par match ce qui était très bien pour un première année. Puis la grosse tuile, juste avant le début de mon année sophomore je me blesse gravement à l’épaule et s’en est suivi 3 des années les plus difficiles de ma vie. C’est pendant cette période que j’ai pu réellement apprécier le concept de l’adversité. Entre la rééducation longue et douloureuse, le combat contre le doute, le fait d’être condamné à rester sur la touche, la solitude, l’obligation de devoir attendre son heure et j’en passe. Le plus dur fut surtout de voir son opportunité disparaître après tant d’effort. J’ai dû puiser dans mes ressources mentales pour me reconstruire, et vraiment reprendre le dessus avant mon transfert à Cal Poly Pomona lors de ma dernière année. Je suis rentré en France en avril 2008 diplôme en poche et prêt à commencer ma carrière pro. Un parcours atypique mais riche. Et puis sur mon chemin j’ai pu affronter des mecs comme Nate Robinson, Brandon Roy, Andre Iguodala, et j’en passe tout ça dans des enceintes qui dépassent tout ce qui se fait de mieux en France, le nouveau Bercy même rénové, peut rougir. 

Depuis tu es un baroudeur au sein de notre deuxième division française (ProB) avec pas moins de six clubs différents, quelle est ta vison de ce championnat ?

 La ProB est de loin la meilleure deuxième division d’Europe. Il n’y a aucun doute là dessus. Mieux que ce qui se fait en Grèce, en Italie, en Allemagne et ailleurs. La ProB est également plus forte que la majorité des premières divisions mineures européennes comme la Finlande, l’Autriche, la Suisse… Il y a beaucoup de joueurs dans ce championnat qui mériteraient leur place à l’étage supérieur. Mais on sait que les places sont limitées.

Tu as eu l’opportunité de côtoyer sur une saison entière l’échelon supérieur (ndrl : une saison du côté de Boulogne sur Mer en 2014-15). Est-il vrai qu’un joueur évoluant longtemps dans une même division est vite estampillé « joueur de ProB » par exemple ?

Oui en effet j’ai une saison de ProA dans mon CV, et je pense aussi que c’est très français d’estampiller un joueur avec la division dans laquelle il a pu jouer une majorité de sa carrière. Pourtant je reste convaincu et le terrain le prouve, qu’un joueur responsabilisé auquel on donne une réelle opportunité de s’exprimer s’adaptera à l’étage supérieur. L’exemple de David Denave (Élan béarnais Pau-Lacq-Orthez) reste le plus frappant, il a passé de nombreuses années dans les échelons inférieurs, en passant de la Nationale 1 à la ProB et maintenant il se retrouve en ProA. Et cet exemple est loin d’être unique, je pense entre autre à des mecs comme Jacques Alingue, Axel Julien (JDA Dijon) ou encore mieux Édouard Choquet (ASVEL Lyon-Villeurbanne), Marc Judith (JDA Dijon), Johan Passave-Ducteil (JSF Nanterre la saison passée)… Mais que voulez-vous les gens oublient vite. Je me rappelle que beaucoup de venin a été craché au sujet de leur niveau à l’époque, et si ce n’était pas pour des raisons financières initiales, rien ne dit qu’une vraie chance leur aurait été donnée. Puis quand ça marche les clubs se félicitent d’avoir investi sur ces joueurs là. Dans le milieu on sait très bien ce qui se dit, on sait comment les clubs fonctionnent, c’est vraiment dommage. Il me suffit de penser à la manière dont nous étions considérés après notre montée en ProA à Boulogne sur mer, ils n’ont « pas le niveau », « rien prouvé à ce niveau », mais à un moment donné il faut donner une opportunité aux gens. Ces mêmes mecs qui n’avaient pas le niveau, avec enfin du temps de jeu en fin de saison dernière, ont enchaîné 4 victoires d’affilée et pas des moindres. Enfin ce n’est pas demain qu’on changera les mentalités.

Tu es considéré depuis bien longtemps maintenant comme le « sniper » de ProB avec un très joli 40,5 % de réussite aux tirs sur tes sept dernières saisons, comment as tu travaillé cette arme redoutable ? On dit souvent qu’un shooteur doit faire preuve d’un gros mental et de sang-froid est-ce ton cas ?

 (Rires) Il est clair qu’un shooteur doit faire preuve d’un gros mental et de sang-froid, tous les meilleurs ont ces qualités et il est difficile d’être à la hauteur de sa réputation sans ça. Jerry West disait « you have to shoot it and sleep in the streets », il exprimait par cela qu’un shooteur se doit d’avoir une certaine insouciance et d’accepter les accolades en cas de réussite, comme les critiques en cas d’échec. Il disait qu’un shooteur peut être considéré comme le héros dans un grand soir, comme il pouvait très bien recevoir aussi peu de considération qu’un homme dormant dans la rue dans un soir sans. Et je pense que c’est très vrai comme image.

En ce qui concerne ma manière de travailler, elle est méthodique, variée et très intense, je dirai juste que ma mère me répète tout le temps qu’un pianiste répète ses gammes quotidiennement donc un shooteur s’il veut être grand, doit faire de même.

Tu participes très régulièrement à des tournois 3×3 durant l’intersaison (devenus une nouvelle compétition démocratisée par la fédération depuis peu à travers toute la France), tu as notamment gagné avec ton équipe « Goule Squad » l’Open de France en juillet dernier avant de terminer troisième du Masters européen qui se déroulait à Prague en août dernier, qu’est ce que ces compétitions représentent pour toi ? Angelo_Tsagarakis

Le 3×3 a pris une place importante dans ma recherche de compétition et de plaisir. C’est une nouvelle discipline qui permet à chacun de pratiquer notre sport avec beaucoup plus de prise d’initiative et de liberté. Et puis c’est super intense au niveau cardio, c’est très différent du 5×5, mais complémentaire. Je compte bien retourner à Prague cette année et gagner le tournoi tel que nous aurions déjà pu ou dû le faire l’été dernier.

Ta saison 2015-2016…

Cette saison tu as signé pour Vichy-Clermont (ProB) qu’est ce qui a motivé ta signature ?

Vichy-Clermont est un club ambitieux, qui se donne les moyens d’être compétitif au plus haut niveau. Ça me rappelle un peu Châlons-Reims qui en l’espace de quelques années a déjà trouvé sa place en ProA. L’opportunité de venir à la JAVCM s’est présentée et je pense qu’à un moment il faut savoir aller là où les gens te veulent vraiment.  

On ne peut pas dire que le club a chômé cet été, avec de belles recrues comme toi ou encore Steeve Essart et Charles-Henri Bronchard, ce recrutement traduit-il des objectifs élevés ? 

Steeve (Essart) était déjà sous contrat, mais il est vrai que le recrutement du club a été sérieux et démontre une réelle volonté d’être compétitif immédiatement. On connaît la densité de notre championnat, donc mieux vaut s’armer correctement.

Vous êtes actuellement classés 7èmes ex-aequo (7 victoires – 7 défaites), quel est ton avis sur cette première partie de championnat ? 

Nous avons pour le moment fait preuve d’irrégularité, nous sommes capables de grosses performances comme de gagner de 20 points à Denain ou contre Bourg à la maison, tout comme de sombrer complètement à domicile contre Charleville-Mezières qui était à ce moment de la saison dernier au classement. Je pense que nous avons trouvé un meilleur équilibre à ce stade de la saison, ça fait 4 matchs qu’on encaisse moins de 70 points donc notre défense trouve ses marques. C’est je pense la clé pour enfin faire la série de victoires qui pourrait nous installer dans le haut du classement.

Ton temps de jeu a diminué par rapport aux dernières années (23 minutes par match en moyenne), cela est-il synonyme d’un changement de rôle au sein de l’équipe ?

Angelo_Tsagarakis_Vichy-ClermontNon du tout, mon rôle au sein de cette équipe reste le même que celui que j’ai pu avoir en ProB ces 4-5 dernières années. Notre style de jeu demande beaucoup d’intensité en défense et nous faisons beaucoup de rotations sur les lignes arrières pour essayer de garder un niveau d’énergie élevé. Dans les matchs couperets mon temps de jeu est plus élevé et je suis toujours sur le terrain pour finir les matchs serrés et c’est ça le plus important.

C’est ta première année au sein du VCM, quels sont tes ressentis pour l’instant sur le club, le groupe… ?

Le club est en pleine période de structuration. Ça va prendre un peu de temps, mais les efforts sont faits et les résultats vont s’en ressentir très rapidement.

En ce qui concerne le groupe, il n’y a que des bons mecs dans cette équipe. Je pense que nous avons encore une marge de progression dans notre rigueur de travail au quotidien mais le potentiel de réaliser une bonne fin de saison est là.

L’après basket…

Aujourd’hui à 31 ans, combien de temps te vois-tu encore jouer ?

Honnêtement c’est difficile à quantifier en terme de temps pur, je pense qu’à ce stade de ma carrière tout va dépendre de la manière dont je continue à prendre soin de mon corps et de la motivation qui restera intacte ou non dans les années futures. Pour le moment ma passion est toujours aussi grande et je suis toujours déterminé à travailler plus dur pour continuer à progresser et rester au plus haut niveau. La suite de l’histoire ? Pour le moment Dieu seul la connaît.

Tu as commencé ta carrière un peu tardivement, car tu souhaitais étudier et obtenir tes diplômes de commerce international aux Etats-Unis, pourquoi avoir choisi cette voie ?

Le sport reste une profession éphémère en comparaison à la plupart des autres métiers. À 35 ans en général c’est la fin de carrière, si on est pas contraint d’arrêter plus tôt d’ailleurs. Il faut penser à l’après basket, et c’est un tournant qui n’est pas forcément évident à négocier dans la vie d’un athlète. Cette volonté de prolonger mes études a été influencée en grande partie par ma mère, et je le lui en suis reconnaissant de ne pas avoir relâché la pression à ce niveau.

Je sais que tu as pas mal d’activités extra-basket, tu es consultant entre autre pour Ma Chaîne Sport, mais peux-tu nous en dire plus sur ta marque de vêtements Rochson France ?

« Rochson » est en couveuse pour le moment, il reste quelques détails à régler mais le produit final doit sortir avant la fin d’année. Cette marque a une identité particulière, c’est d’une certaine manière une mise en abyme où un homme raconte l’histoire d’un Dieu qui s’est fondu parmi les hommes, mais pas n’importe quel Dieu. Et pour connaître cette légende il faut la voir et pour la raconter il faut la porter. (rires) 

Angelo si tu…

…pouvais nous citer un souvenir « basketballistique » mémorable  

La finale de l’Euroleague 1996 à Bercy ! Le Pana (Panathinaïkos) qui gagne sa première couronne européenne. J’y étais et rien que d’en parler, j’en ai encore des frissons !

…n’avais pas été joueur

J’aurais très probablement été tennisman.

… une philosophie que tu essaies d’appliquer chaque jour

« Ma maison est là où je dépose mon oreiller. »

…pouvais nous raconter une anecdote… 

Une anecdote ? Il y en a tellement. Tiens, j’ai failli être le coéquipier de Nate Robinson et de Brandon Roy à l’université. Mon choix final s’est joué entre University of Washington et Oregon State. À cette époque Nate Robinson venait de finir sa première saison universitaire lors de laquelle il jouait également au football américain, il était d’ailleurs running back ! Vous n’avez même pas idée des qualités athlétiques de ce bonhomme ! Et quand j’ai décidé d’aller à Oregon State, le coach de Washington m’a confessé que je lui retirais une sacrée épine du pied car Nate avait décidé d’arrêter le football pour se consacrer uniquement au basket, ce qui impliquait qu’il fallait lui donner une bourse qui s’avérait être la bourse qui m’était à la base destinée ! Imagine le casse-tête si je lui avais annoncé que j’acceptais son offre de bourse ! (rires)

Puis si l’on devait vous souhaiter quelque chose…

La bonne santé de mes proches et beaucoup d’argent !

Crédits photos : Les photos utilisées dans la mise en page de cet article, sont copyrightées et fournies par le joueur lui-même.

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