Gregor Beugnot : « Le coaching commence à me manquer »

FABIO MUZZI / AFP
FABIO MUZZI / AFP

L’ancien célèbre meneur des Bleus et ex entraîneur du Paris-Levallois actuellement consultant pour l’Equipe21, nous a gentiment accordé un entretien. Son métier de consultant, son regard sur le basket actuel, l’équipe de France de basket masculine… Il nous apporte sa vision des choses ponctuée par son appréciable franc-parler.

Suite à votre départ de Paris-Levallois en fin de saison dernière, vous êtes actuellement retiré des parquets, comment s’est passé cette situation et surtout cette transition ?

Cela fait à peu près 25 ans que j’enchaîne, alors je souhaitais un peu me mettre en retrait par rapport à la presse et tout le reste. C’est un domaine (le coaching) qui use beaucoup les organismes. J’étais vraiment parti pour prendre une année sabbatique et à la fin de saison j’ai eu une demande de David Cozette pour faire une partie du championnat d’Europe avec lui. Et à Lille, David nous annonce qu’il quitte Canal, et son souhait était de s’entourer de personnes qu’il appréciait, pour commenter. Et donc à la fin du championnat d’Europe il nous annonce qu’il va signer à l’Equipe. À ce moment là je ne suis pas du tout concerné pour être consultant et une semaine après son arrivée, je reçois un appel du patron de l’Equipe qui me demande, conscient que j’avais pris une année de sabbatique, si cela pouvait m’intéresser d’être consultant avec David sur les matchs de championnats et de coupe d’Europe. Tout en me précisant bien que Ma Chaine Sport était prioritaire et qu’il n’y aurait pas beaucoup de matchs.

Comme je souhaitais prendre du recul par rapport au terrain, tout en gardant contact avec les collègues coachs. Cela me permet donc de voyager et d’être au courant de tout. Puis surtout de regarder les stratégies appliquées en match sans avoir de pression.

Depuis on ne peut pas dire que vous avez complètement quitté les terrains, car vous êtes devenu consultant TV, tout d’abord pour Canal+ pendant l’EuroBasket 2015 et depuis pour L’EQUIPE21 aux côtés de David Cozette, Comment se passe cette nouvelle expérience ?

Gregor Beugnot ici au micro de l'Equipe21 aux côtés de David Cozette.
Gregor Beugnot ici au micro de l’Equipe21 aux côtés de David Cozette. Photo : lnb.fr

Ce n’est pas une expérience nouvelle pour moi car j’ai déjà eu la chance de commenter aux côtés de David Cozette et pour le groupe Canal lors des campagnes estivales de l’équipe de France (masculine). Par exemple quand j’étais en Italie du côté de Varèse, après l’entrainement je partais en direction de Rome pour commenter le Final Four de l’Euroleague. Ça doit faire une dizaine d’années qu’on le fait ensemble, mais moi je le fais en dehors de ma saison alors là ça marque plus les gens car je le fais pendant la saison.

En ce qui concerne notre tandem, le journaliste reste David (Cozette), c’est lui qui s’emballe quand le match s’emballe et moi mon rôle c’est d’apporter une analyse technique sur le coaching, les joueurs, les stratégies mises en place etc…

Après deux saisons passées sur le banc du Paris-Levallois, comment analysez-vous la situation actuelle du club (Antoine Rigaudeau promu au poste d’entraineur au début de saison, a démissionné fin décembre pour laisser place à Frédéric Fauthoux) ?

Mon opinion c’est que la situation du club n’est pas bénéfique pour le basket français, parce que je pense qu’il y aurait besoin d’un grand club à Paris. Le problème c’est qu’il y a énormément de tendances dans ce club, et qu’on n’a pas la solidarité que l’on peut trouver en province. Le public est présent mais pas chaud. Božidar Maljković (coach du Paris Basket Racing lors de la saison 97-98) avait dit à l’époque « C’est très dur de gagner des matchs quand on joue dans une cathédrale » et c’est un peu ça, donc il n’y a pas cette pression du public sur les joueurs. Et puis surtout il y a tellement de tendances dans le club, qu’il n’y a pas d’unanimité dans les politiques qui sont mises en place donc c’est un peu dommage. Le problème de Paris c’est qu’ils veulent gagner sans construire et pourtant il y a plein de joueurs compétents, c’est un super club, l’ambiance y est tout de même très bonne. Mais on peut aussi le voir par leur communication. Aujourd’hui on entend beaucoup parler de Limoges et Strasbourg qui réalisent une très bonne campagne européenne en Eurocup. Nous (Paris) l’année dernière on fait un quart de finale de l’Eurocup et c’est presque passé comme une lettre à la poste. Pourquoi ? Parce que Paris est jalousé, parce que il n’y a pas comme je le disais cette envie de construire de s’appuyer sur un groupe fort. Tous les ans il faut changer 70% de l’effectif donc voilà ce n’est jamais très facile.

Après peu importe la solution, selon moi il faudra en premier lieu voir l’intérêt général, celui du club et du basket à Paris. Pour moi il y a plein de gens qui ont des idées, mais pour ça il faudra qu’à un moment donné les « guerres de clochers » s’arrêtent pour penser encore une fois à l’intérêt général du basket. Parce qu’il y a vraiment des gens très compétents et vraiment motivés mais si tous les ans on change de politique ça risque d’être compliqué.

Avec tous les derniers départs de coachs en ProA (Laurent Buffard, Antoine Rigaudeau et dernièrement Philippe Hervé), cela ne vous manque-t-il pas ? Va-t-on pouvoir retrouver un Gregor Beugnot sur un banc ?

Honnêtement j’espère ! J’ai eu quelques propositions cette année que j’ai refusé dont deux en France. Après j’en ai également eu en provenance de l’étranger mais elles n’avaient pas de crédibilité au niveau sportif et/ou financière. C’était aussi beaucoup trop tôt dans ma volonté de prendre un peu de recul. Mais aujourd’hui je ne cache pas que commenter, voir les coachs travailler, mettre en place des solutions tactiques et techniques, me donne bien entendu envie de reprendre. Puis on a toujours tendance à faire du comparatif en se disant, «  Moi dans cette situation là j’aurais fait ça… », tout ça veut donc dire que le coaching commence à me manquer. Je souhaiterais donc vraiment me remettre sur le marché en fin de saison, parce que c’est toujours très dur de jouer les « Zorro » et d’arriver au dernier moment, avec un effectif que vous n’avez pas construit. Même si ça a marché avec Chalon lors de mon retour d’Italie, mais il ne restait que neuf matchs à faire, mais ce ne sont pas des solutions idéales.

Après l’important est surtout de bien échanger avec vos futurs employeurs et discuter du projet derrière, quel qu’il soit. Il faut que tout cela soit cohérent. Mais après est-ce que le monde du basket à encore envie de Gregor Beugnot ? Ça c’est une autre histoire. Mais le principal c’est que j’essaie d’être le plus cohérent possible avec ce que j’avais décidé d’où mes deux refus, parce que je ne veux pas revenir sur ce que j’ai dit, sachant tout de même que dans ce milieu là, quand se présente une bonne opportunité vous ne pouvez pas la laissez passer. Après j’espère qu’elles ne se présenteront pas pendant la saison, pour qu’éventuellement on puisse en discuter durant l’intersaison et non pas dans la précipitation, avec les personnes intéressées par ma venue. 

Après avoir côtoyé le haut niveau en tant que joueur puis entraineur, quels sont selon vous les changements les plus marquants dans le basket de haut niveau ?

Énormément ! Déjà au niveau athlétique c’est certain. Mais c’est toujours dur de faire des comparatifs entre les époques. En tout cas je pense honnêtement qu’avec les qualités que j’avais à l’époque, aujourd’hui j’aurais beaucoup de mal à m’exprimer, parce que les joueurs sont plus rapides, meilleurs défenseurs… Tout à complétement changé ! Si on peut comparer, quand j’ai commencé ma carrière de joueur ce qu’on faisait en préparation physique, aujourd’hui on le fait en récupération d’après match (rires).

Concernant les effectifs, avant on conservait plus longtemps donc il y avait plus d’affinités avec les joueurs, on gardait nos meilleurs joueurs français, il y avait moins de joueurs étrangers. Ça veut donc dire que dans le vestiaire ça parlait français et qu’on se côtoyait après en équipe de France donc c’était vraiment de belles années professionnelles. On avait vraiment l’impression de faire partie intégrale du club, une deuxième famille en gros.

Par rapport au professionnalisme, j’ai moi eu la chance de jouer dans des clubs comme le Mans, Limoges… Des clubs qui jouaient des titres tous les ans avec sportivement des bons entraineurs, des bons joueurs, donc c’était déjà très pro comme organisation. Même si maintenant la communication et la médiatisation ont beaucoup changé et évolué surtout en dehors des parquets.

Le changement le plus marquant, reste pour moi l’aspect technique, c’est le jour et la nuit !!!! D’ailleurs on a eu des entraineurs importants dans le basket français qui nous on appris un autre basket, une autre culture, je pense notamment à (Božidar) Maljković. On a donc été pas mal placé à une époque au niveau européen ce qui nous a permis d’attirer de bons joueurs américains, de bons coachs, ça a été très positif dans l’évolution de notre basket. À côté de ça, aujourd’hui on est passé à un stade de professionnalisme vraiment extrême dans le bon sens du terme, la seule chose qui nous manque ce sont les moyens financiers. Et les gens ne se rendent pas assez compte de cette lacune, car quand on voit ce que font les qataris avec le PSG, on peut vraiment donner une très belle image du sport français. Nous ne sommes pas plus bête que les autres, mais l’argent est maintenant le nerf de la guerre. Je pense qu’il nous faut de nouveau une « locomotive » dans le basket français, on a eu une période avec le Mans, Villeurbanne, après on a eu Limoges, Pau-Orthez… Mais on le voit depuis une quinzaine d’années, les champions de France ne sont jamais les mêmes et les clubs ont je pense copié sur les « locomotives » que l’on avait à l’époque et ce n’est plus forcément d’actualité, donc on tourne en rond en quelque sorte.

Pas mal de monde s’interroge sur le fait que souvent dans pas mal de « gros » clubs français le coach n’est pas assez libre de ses choix sportifs, vous avez votre opinion ?

Vous avez toujours dans les clubs la volonté du président ou du Général Manager, de s’occuper un peu du sportif et de prendre un ou deux joueurs qui leurs ont plu par exemple et qui vous les impose. Moi je l’ai connu dans tous les clubs par lesquels je suis passé, la seule chose c’est que si vous avez par exemple trois ans de contrat et que cela se passe dès la première année vous ne pouvez trop rien dire parce qu’en cas de démission, vous vous retrouver « le bec dans l’eau » sans avoir le droit au chômage, donc souvent on accepte en faisant du préventif en disant : « Attention ce n’est pas votre boulot, c’est le mien. Je joue ma tête sur les résultats de mon équipe. », ensuite tu étudies quand même le joueur en question tu t’aperçois que c’est une catastrophe et tes employeurs aussi et en général l’année suivant ils te laissent gérer.

Parce qu’après quand ça ne marche pas on vire le coach mais pas la personne responsable de ces joueurs là, parfois à l’origine du problème. Moi à Paris ils m’ont signé Dionte Christmas dont je n’avais pas besoin, et je pense que mon équipe était plus stable avant son arrivée. C’est un très bon joueur mais pour un petit club ! Ce n’est pas un joueur que vous mettez dans des gros effectifs, avec une culture de jeu. Lui c’est un électron libre il peut vous mettre 40 points par match, si vous avez pas de forces offensives et que vous visez le maintien par exemple, vous signez un joueur comme ça et ça sera du « ave maria » en espérant qu’il soit opérationnel à chaque match. Mais surtout pas dans un club où vous souhaitez des résultats. En plus ces joueurs prennent souvent la place de joueurs français, ce fut le cas cette même année avec Nicolas Lang qui était très bon mais qui par la suite avec son temps de jeu réduit, a perdu confiance parce qu’il a cru que c’était contre lui alors que moi je lui ai dit plusieurs fois que je n’y étais pour rien. Enfin bon ça a toujours existé, mais c’est assez dangereux.

L’Euro Basket 2015…

Revenons à cet Euro de basket dont les finales se sont disputées en septembre dernier, dans le Stade Pierre Mauroy de Lille. Au vue des affluences record constatées, la France « marque t-elle des points » aux yeux de la FIBA ?

Oui je pense car c’était vraiment un très bel événement, la cerise sur le gâteau aurait été bien sur la médaille d’or pour la France mais bon honnêtement il n’y a pas à rougir de faire une médaille chez nous. Parce que déjà les serbes étaient forts et ils ne terminent pas sur le podium. Il y avait vraiment un très bon niveau, l’organisation était vraiment de top niveau. La ville de Lille s’y prêtait bien dans le sens où les gens sont accueillants, l’ambiance était vraiment fantastique dans la salle comme en dehors ! C’était vraiment un très bel événement. Le problème c’est que les politiques ne se déplacent pas assez pour voir ce genre d’événement, et ça aurait pu leur donner des idées sur l’évolutions des structures sportives en France où nous accusons un énorme retard, c’est donc un petit peu dommage.

Et si c’est le coach qui parle, qu’a-t-il manqué à l’EDF pour gagner cette finale contre nos ennemis préférés espagnols ?

Il ne nous a pas manqué grand chose, en tout cas ce qui est sûr c’est que ce ne sont pas les arbitres comme on a pu l’entendre qui nous font perdre le match. Je pense qu’il arrive un moment, quand on n’est pas dans ses prestations habituelles le peu de coups de sifflets qui pourraient s’avérer litigieux on se focalise dessus. Et c’est un peu la réaction qu’on a eue. Puis quand vous n’êtes pas acteur principal mais consultant comme moi par exemple, on enregistre des erreurs des deux côtés. C’est vrai que ça a surpris car les arbitres ont laissé jouer avec un engagement énorme je l’accorde. Mais je suis désolé c’est le basket que je préfère ! Quand c’est trop « tatillon » les gens s’ennuient, les matchs sont hachés, les acteurs ne sont pas en rythme et il n’y a pas de spectacle. Moi je n’ai pas trouvé qu’une équipe avait été avantagée dans l’engagement physique.

Un mot sur l’Euro de Tony Parker ?

À la décharge de Vincent (Collet) ces championnats d’Europe ne sont plus les mêmes quand Antoine Diot se blesse. Et Vincent est tributaire de ça, parce que Léo Westermann à fait ce qu’il avait à faire mais il est arrivé en fin de préparation pratiquement, donc je pense qu’il a dû anticiper en se disant « J’espère que Tony va s’en sortir même s’il n’est pas dans un grand jour » parce qu’il n’a pas la rotation souhaitée.

AFP PHOTO / EMMANUEL DUNAND
AFP PHOTO / EMMANUEL DUNAND

Puis de toute façon peu importe les choix que vous ferrez on aura toujours quelque chose à vous redire. Et dites vous bien que les 20 000 spectateurs à ce moment là, ce sont 20 000 coachs (rires). Et je ne sais pas si je n’aurais pas fait comme Vincent, il est dans son match, il connaît ses joueurs et tout ça. Le seul problème de ces Championnats d’Europe c’est que les gens se sont aperçus que Tony Parker était un humain et pas un extra-terrestre. Parce que le pauvre Tony il a fait toute sa carrière internationale en dehors de France, alors je pense qu’il s’est mis une telle pression, qu’elle fut négative pour lui et c’est la première fois que ça devait lui arriver. Moi j’ai eu la chance de pouvoir discuter avec lui tous les matins à l’hôtel et je lui ai dit « Tony tu es humain c’est tout ! (…) Il faut que tu arrives à évacuer l’objectif, parce que c’est l’objectif qui est entrain de te détruire ! ». Puis il restait une médaille de bronze à aller chercher, et les joueurs ont été fantastiques de ne pas lâcher surtout face à la Serbie. Et honnêtement j’avais mis une pièce sur la Serbie, car elle m’avait vraiment impressionné lors des matchs de poules.

En attendant il va falloir se qualifier pour les J.O., et ça ne sera pas facile car on sera l’équipe à battre. Et après il faudra « lâcher les chevaux » à Rio !

Gregor si vous…

… deviez nous citer un souvenir « basketballistique » mémorable

Le triplé obtenu en tant que coach avec Chalon sur Saône en 2012 (Championnat-Coupe-Semaine des As)

…n’aviez pas été joueur

Probablement dans la musique car j’ai toujours adoré la musique ! (rires)

…aviez une une anecdote à nous raconter…

J’en ai tellement alors rien ne ressort là en ce moment, puis toutes ne sont pas forcément racontables (rires)

Puis si l’on pouvait vous souhaiter quelque chose…

Surtout la santé car si la santé va tout va ! Puis après pourquoi pas me retrouver sur un banc l’année prochaine !