Gaëlle Millon : « Cela reste difficile de fédérer sur du basket »

Journaliste sur la chaîne l’Equipe jusqu’en août 2016, Gaëlle Millon qui a beaucoup oeuvré pour la médiatisation du basket, a ressenti le besoin de changement. De son amour pour son club de coeur l’ASVEL à ses futurs projets et ambitions, elle a gentiment accepté de se confier pour Laysitup.

Bonjour Gaëlle, pourriez-vous nous retracer votre parcours jusqu’à votre arrivée à la TV ?

Alors mon parcours est assez lié avec le basket, parce que c’est en écrivant le « petit journal » des supporters de l’ASVEL que j’ai vraiment pris conscience que je voulais faire ce métier. Alors au départ je ne savais absolument pas quelles portes cela pourrait m’ouvrir mais je me suis lancé à raison d’une publication par mois cela s’appelait « Astronews » et j’en étais assez fière (rires). C’est d’ailleurs à ce moment là que j’ai commencé à réaliser mes premières interviews. Gregor Beugnot m’en parle encore.

Par la suite après le lycée j’ai intégré l’IEP de Lyon en me spécialisant en politique/communication, qui était à l’époque la branche se rapprochant le plus du journalisme. Après 3 années j’ai vraiment commencé à m’intéresser de plus en plus au journalisme, avec mon petit journal qui continuait de progresser et qui m’a permis de raconter le titre de 2002 (de l’ASVEL). Par la suite j’ai réussi le concours de l’école de journalisme du CELSA, une école dépendante de la Sorbonne à Paris et reconnue par la profession. Dans ma promotion de 25, pas grand monde souhaitait traiter le sport donc c’était parfait pour moi. Lors de ma dernière année à l’école j’ai réussi à intégrer une rédaction, je travaillais pour Europe1 la nuit. Cela ressemblait donc à une formation accélérée. Quand vous sortez de l’école et que vous devez postuler, cette expérience sur Europe1 a surement accéléré les choses. Dans le même temps j’ai eu l’occasion de piger pour RMC, tout en passant des tests à L’EQUIPE TV où j’ai été prise. Au début je combinais les deux, puis très rapidement je me suis consacrée uniquement à la TV avec les J.O. d’hiver de Turin en 2006. Et je n’en suis plus partie, jusqu’au mois d’Août dernier (2016).

Passer du monde de la radio à celui de la TV, était une volonté de votre part ?

À la base, j’ai une spécialisation orientée « radio ». C’est un média que je consomme bien plus que la télévision. Après, les circonstances ont fait que je me suis tournée vers la TV. J’ai aimé cette rédaction, et travailler à l’Equipe est le rêve ultime quand on veut être journaliste spécialiste de sport.

On vous sait amoureuse de basket d’où vous vient cette passion, et plus particulièrement de L’ASVEL Lyon Villeurbanne ?

Je suis lyonnaise alors ça aide (rires). Mes parents sont de grands « malades » de ce club. Mon papa était dirigeant et trésorier au milieu des années 70. Et pour la petite histoire mes parents se sont rencontrés grâce à l’ASVEL ! Ce club c’est notre famille ! Alors quand on baigne dedans depuis le plus jeune âge, que le samedi quoiqu’il advienne le soir c’est match, j’ai envie de vous dire je ne sais pas si on a vraiment le choix (rires), même si je ne le regrette pas du tout. Encore aujourd’hui je n’irais pas jusqu’à dire que nous possédons une tribune (rires), mais ma famille et moi, sommes très nombreux encore à aller supporter l’ASVEL.

Avez-vous été joueuse ?

J’ai pratiqué un petit peu le basket, je ne dirais pas à un faible niveau par respect pour mes coéquipières mais à un niveau départemental. J’ai dû commencer en benjamines (U13) et j’ai continué jusqu’en sénior. J’ai arrêté lorsque j’ai quitté la maison pour mes études. Je garde de toutes ces années un excellent souvenir, partagé avec mes copines. Maintenant je n’ai plus le temps du tout de pratiquer.

À l’arrivée de la chaine L’EQUIPE sur la TNT, étiez-vous à l’origine de cette volonté de proposer du basket ?

Alors dire que j’en suis à l’origine serait un peu prétentieux, en tout cas ce qui est certain c’est que je ne les ai pas lâchés. Dès qu’il y avait une compétition libre de droits, je faisais tout pour qu’on puisse la diffuser. J’ai mis en relation mes chefs de l’époque et l’entourage de Tony Parker pour que l’on diffuse l’AppartCity Cup. Je me suis vraiment battue pour que nous puissions aussi diffuser le Final Four de l’Eurochallenge et la compétition de l’Eurocup. Honnêtement la coupe d’Europe en semaine marchait très bien, on a rencontré plus de difficultés avec la ProA. J’ai lutté pour avoir des émissions. Je suis très fière du Mag Basket lors de la saison 2014-2015, ainsi que de toutes les émissions « spéciales » autour de l’Euro féminin en France en 2013 en France et bien sûr celui des Garçons la même année en Slovénie. De tout ça c’est sûr j’en suis assez fière, d’avoir pu promouvoir la basket.

Crédit photo : Mounic L’Equipe

Malgré les arrivées de consultants de qualité comme David Cozette par exemple, cela n’a pas autant fonctionné qu’espéré comment l’expliquez-vous ?

Je me répète mais pour les matchs de Coupe d’Europe en semaine, on réalisait de vrais bons scores et en fait le créneau du week-end était plus compliqué. L’année dernière ce qui s’est passé c’est que la chaine s’est « autoproclamée » chaine du basket parce qu’il y avait le championnat espagnol, italien… Mais au fil de l’année quand nos dirigeants se sont rendus comptes qu’un match italien faisait trois fois moins d’audience que la pétanque, très vite la décision a été d’arrêter. Mais le problème de la ProA c’est que nous avions un contrat qui nous permettait de diffuser seulement 12 matchs à l’année. On ne peut donc pas fidéliser un public sur 12 matchs, avec un All-Star Game diffusé mais pas entièrement, uniquement la finale de la Leaders Cup, la course aux play-offs sans les play-offs… Le public ne s’y retrouvait pas, le produit devenait compliqué à vendre. Cela permet aussi de se rendre à l’évidence : cela reste difficile de fédérer sur du basket. Après je ne suis pas une spécialiste du marketing et des audiences mais ça reste une réelle déception oui.

Êtes-vous d’accord avec ceux qui pointent du doigt le problème d’image et de communication du basket français ?

Je pense que la ligue essaie justement de travailler autour de ça, de redonner au basket français une image plus sexy. Le All-Star Game par exemple, est devenu une vraie fête. La ProA pâtit de salles, disons-le, un peu moches, du fait qu’elle ne parvient pas à conserver ses meilleurs joueurs comme Antoine Diot, Edwin Jackson ou encore Fabien Causeur. Des purs produits de la formation française qui se tournent vers des championnats européens plus attractifs avec des Coupes d’Europe plus huppées, et là je ne parle pas des NBAers. A l’ASVEL, pourquoi les gens sont nostalgiques de l’époque Greg Beugnot et des joueurs comme Delaney Rudd ? Parce que les mecs restaient 6 ou 7 ans dans leur club et ils s’y attachaient. Là aujourd’hui l’ASVEL est championne l’année dernière, elle s’attache à son meneur (Casper Ware) qui lui fait gagner le titre et au bout de trois jours on sait très bien que le joueur ne restera pas. Et encore à Lyon le club a un passé, une histoire à laquelle on peut se rattacher mais pour les clubs plus récents c’est plus compliqué de créer une ferveur. Sans parler des salles où les TV ont les plus grosses difficultés à filmer… Ça reste compliqué, loin derrière l’indétrônable football. Le basket français s’est fait doubler par le rugby, sans compter l’ascension du hand.

Comment c’est présenté votre départ de L’EQUIPE TV ? Etait-ce une volonté de votre part ?

Alors en fait cela s’appelle un plan social (rires), plan qui a touché la TV, on est donc un certain nombre à être parti. Alors au début je ne voulais pas partir puis après en pesant le pour et le contre et en sachant qu’il n’allait plus y avoir de basket, et pour pas mal d’autres choses j’ai décidé de partir. Je me suis dit que c’était le moment de voir autre chose et surtout de continuer à faire quelque chose qui me plaisait.

Depuis vous officiez maintenant sur Eurosport dans le cadre de la Coupe de France de Football, comment envisagez-vous l’avenir ?

Actuellement, je suis en train de créer mon entreprise « G2M Conseil ». Je me lance dans l’animation d’évènements (Tables rondes, séminaires…), une activité qui se rapproche finalement de ce que je faisais à la télévision. Je propose aussi du « média training » pour les sportifs notamment (aide à la prise de parole, comment bien répondre à un interview…). C’est super passionnant. Et bien entendu quand Eurosport a fait appel à moi pour officier sur le multiplex Coupe de France, j’ai dit oui immédiatement.

Le fait de ne pas traiter de basket ne va pas trop vous manquer ?

Alors en effet le basket a été ma porte d’entrée dans le métier, mais aujourd’hui si je ne travaille pas autour ce n’est pas dramatique. Cela ne m’empêche pas d’aller dans les salles pour voir des matchs. Puis ça reviendra peut-être on ne sait jamais. Cela ne me manque pas, j’ai encore des contacts réguliers dans le milieu puis cela fait seulement un an que je suis plus journaliste basket.

Gaëlle si vous…

…n’aviez pas été journaliste

Aucune idée je ne me suis jamais interrogée là-dessus, je pense que je suis passé de la phase « je ne sais pas » à « je serai journaliste ».

…si vous deviez passer 24H dans la peau d’un sportif ou d’une sportive

C’est un peu commun mais j’aurais bien aimé être Michaël Jordan, en ayant cette sensation de voler au dessus du cercle (rires). Puis surtout être considéré comme le meilleur joueur de tous les temps ça ne doit pas être mal comme sensations (rires).

… avez une anecdote à nous raconter

Alors il y en a une qui ne m’a pas laissé forcément un bon souvenir, c’est quand l’équipe de France de hand a tout cassé sur le plateau lors des J.O. de Londres en 2012 . Ce n’est vraiment pas un bon souvenir pour moi, je l’ai assez mal vécu, ça a gâché ma quinzaine olympique d’une certaine manière. C’est du passé, j’ai revu tous les joueurs et il n’y a plus aucun souci.

Du côté des bonnes anecdotes ou souvenirs, il y a ces 8 jours aux Etats-Unis en 2008 pour couvrir la première élection d’Obama. Une semaine américaine sur une chaine 100% sport, c’était innovant ! Le top restera mon road trip en 2012, à la rencontre des joueurs français de NBA. 6 joueurs, 5 villes, le tout en 7 jours… Pousser la porte de l’immense villa de (Tony) Parker, dîner avec (Nicolas) Batum, entrer dans le vestiaire des Mavericks avec (Ian) Mahinmi et (Rodrigue) Beaubois alors champions, ou encore boire un café dans le resto de Boris Diaw à Charlotte… C’était incroyable.

Puis si l’on devait vous souhaiter quelque chose…

Une santé de fer pour réaliser mes projets ! Et que ma société future fonctionne et que je puisse continuer à faire des choses aussi palpitantes que ces dernières années.